Les espoirs des banques dans les fintech

Les sociétés financières voient précisément les opportunités des fintech d’après Mazars et The Economist (EIU). Notamment dans les opérations.

L'Agefi 17 mai 2016

Prenant le contrepied des aspects de menaces et autres disruptions, Mazars s’est intéressé à la valeur ajoutée que peuvent apporter les technologies financières à l’industrie, banques comme assurances. Le cabinet d’audit et de conseil a réalisé une étude internationale et suisse, en partenariat avec The Economist Intelligence Unit (EIU). Ce sondage s’attarde en particulier sur l’impact et l’utilité des fintech en matière de compliance réglementaire et d’éthique, au sens anglo-saxon du terme, à savoir de déontologie dans les affaires et de conduite des opérations.  

«Avec cette vague de transformations digitales on peut parfois avoir l’impression d’être submergé par les menaces, commente Emmanuel Dooseman, associé chez Mazars. Mais notre étude montre que les banques voient aussi l’opportunité d’explorer les possibilités des fintech pour faciliter leur compliance et réduire leurs risques. Notamment au niveau des processus et des opérations. Elles sont par exemple extrêmement intéressées par le blockchain. L’exemple le plus emblématique est certainement le consortium R3 basé à New York et dédié à ce thème, qui réunit 43 banques internationales, dont 30 grandes banques systémiques, y compris les deux plus grandes banques suisses».

Une autre étude publiée par le CFA Institute vendredi abonde dans ce sens.

Les analystes financiers suisses se montrent même bien plus convaincus par les innovations fintech que leurs homologues internationaux sur plusieurs points. Les membres du CFA pensent que la technologie blockchain influencera très certainement l’évolution des trois secteurs du Clearing et Settlement, des devises alternatives et du Commercial Banking. Les Suisses sont les plus convaincus par la technologie blockchain: 20% ont indiqué que cette technologie aura déjà un gros impact sur le secteur financier d’ici un an. Un membre sur deux du CFA en Suisse en pense de même sur 5 ans. A Londres par contre, il s’agit uniquement de 4% et de 24%.

Pour les banques, l’intérêt de ces outils, blockchain ou autres, n’est donc pas seulement à chercher du côté de la compliance avec telle ou telle loi, sur la fiscalité par exemple. Mais aussi clairement sur la conduite des opérations que l’on compte par millions ou plus par jours. Les fintech peuvent ainsi permettre de mieux les piloter, depuis la vente jusqu’à la gestion des risques, que ce soit pour un processus d’accord de prêt hypothécaire comme pour des positions sur des dérivés. «Les fintech peuvent permettent de détecter les problèmes, d’anticiper et de mieux gérer, pour un coût bien inférieur. Finalement de nombreux scandales ou poursuites de banques ces dernières années étaient des problématiques au niveau des opérations, pas uniquement de la compliance, ajoute Emmanuel Dooseman».

Les chief operation officer prennent ainsi toujours plus d’importance dans les banques, de même que des postes de chief data officier sont créés. «Credit Suisse prend cela très au sérieux, en particulier sur l’aspect de la fraude et de la sécurité. La banque a d’ailleurs créé un joint venture avec la société américaine Palantir. Nous aurons désormais des outils de type NSA dans les entreprises et des anciens des services de renseignement qui seront recrutés». Une comparaison pas si éloignée de la réalité actuelle puisque Palantir travaille essentiellement avec les forces de renseignement et de police, et compte la CIA parmi ses investisseurs.

Pour revenir à l’étude, les trois quarts des entreprises financières interrogées déclarent avoir relevé leurs standards de «ethical conduct», ou conduite des opérations, à des niveaux plus élevés que ceux de la réglementation.  Et 80% ont constaté une amélioration de leur image de marque après avoir relevé ces standards de conduite et/ou de transparence. De plus, deux tiers des entreprises financières européennes ont amélioré leurs résultats financiers après le relèvement de ces standards. Elles sont donc toujours à la recherche d’outils digitaux pour améliorer encore ces ratios.

Si pour la très grande majorité les questions digitales et de cybersécurité sont au top de leurs priorités, l’aspect humain ne doit pas pour autant être oublié dans le processus. «Il faudra faire attention à ne pas perdre le contact avec le métier: nous n’avons pas besoin d’un data scientifique pour nous dire qu’il pleut si le trottoir est mouillé». Attention aussi à trop d’autonomisation: «la détection de fraude dans le système financier, ce n’est pas chercher une aguille dans une botte de foin, mais chercher des aiguilles potentiellement frauduleuses dans des centaines de milliers de bottes de foin… Le travail humain restera nécessaire pour la prise de décision et l’analyse en fonction des unités de business».

Sur des questions plus B2C mais toujours lié à l’humain, le principal risque pour les banques et de perdre la relation client, qui jusqu’ici était captif de sa banque. Avec l’émergence de nouveaux moyens de paiement comme Apple Pay ou des applications diverses, il y a déjà une perte de contact. Mais il y a aussi, et peut être même surtout,  les outils de «personal finance management», les PFM, des applications permettant de gérer son budget et son patrimoine de manière plus simple et intuitive que sur un e-banking, avec la possibilité de lier plusieurs comptes et établissements bancaires.  

Enfin, bien sûr, pour la majorité des banques, il y a le challenge de la confidentialité des données. Même si les banques sont déjà très numérisées depuis les années 70, elles ne l’étaient qu’à l’interne. Le challenge est d’autant plus grand qu’elles traitent un grand volume de données sensibles, parfois à travers plusieurs pays en même temps, et sont contraintes à des réglementations très strictes en la matière. D’ailleurs, 69% des entreprises interrogées n’ont pas encore modifié leurs procédures internes en réponse aux nouveaux outils digitaux et sont très préoccupées par la protection des données.

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