L’abandon du taux plancher et ses effets sur les activités de fusion et acquisition

Le Temps - 15 juin 2015

La suppression du taux plancher du franc suisse face à l’euro a un impact majeur non seulement sur la valeur du franc, mais également sur les activités de fusion et acquisition en Suisse.

Les implications de la suppression du taux plancher pour l’économie suisse sont à double tranchant. Des avantages apparaissent évidemment pour les entreprises qui génèrent leur chiffre d’affaires en francs et qui, dans le même temps, produisent la majeure partie de leur valeur ajoutée à l’étranger.

Mais cela devient plus difficile pour les entreprises qui dépendent des exportations, facturent en devises et fabriquent leurs produits en Suisse. Dans ce cas, il faut prévoir une réduction significative immédiate de la rentabilité. Pour conserver, voire augmenter les marges de profit, les investissements dans les innovations en matière de processus et de produits, le renforcement de la propriété intellectuelle spécifique à l’entreprise et la réduction des coûts doivent occuper un rôle plus important dans les entreprises suisses.

La réévaluation du franc en particulier par rapport à l’euro aura des répercussions sur les activités de fusion et acquisition en Suisse. Le renforcement du franc rend les entreprises situées dans la zone euro substantiellement plus attractives en termes de prix et stimule ainsi les réflexions stratégiques pour des acquisitions transfrontalières par des entreprises suisses.

Cette tendance, associée aux taux d’intérêt négatifs actuels, conduit à l’hypothèse que les activités de fusion et acquisition en dehors de Suisse («outbound deal flow») vont augmenter dans un avenir proche.

Même si la force du franc offre de nombreuses opportunités pour les acquisitions à l’étranger, les dangers liés à l’exportation pour la Suisse ne doivent pas être négligés. A court et moyen terme, la décision de la Banque nationale suisse (BNS) a une influence négative, qui ne doit pas être sous-estimée, sur les sites de production en Suisse – mais aussi sur le «deal flow entrant» (inbound).

Dès lors, les transactions actuelles contiennent une prime importante pour les acheteurs étrangers. Par conséquent, dans le cadre de négociations lors de transactions, il faut s’attendre à des retards et à des baisses de prix potentielles pour les cibles suisses. Cette hypothèse repose également sur les multiples de valorisation actuels des sociétés suisses cotées en bourse dans le secteur industriel, commercial et des services – sauf pour les banques et les compagnies d’assurances.

Les multiples du chiffre d’affaires visant à déterminer la valeur de l’entreprise ont immédiatement baissé de plus de 6% après la suppression du taux plancher fin janvier, pour se situer à environ 1,4 fois le chiffre d’affaires. Les multiples EBITDA transmettent une image similaire puisqu’ils ont reculé d’environ 8% dans la même période pour se situer actuellement à 9,8 fois l’EBITDA.

L’examen des multiples «forward» révèle que les entreprises suisses ont déjà revu à la baisse leurs prévisions de croissance. La prévision de croissance du chiffre d’affaires a baissé depuis le 15 janvier 2015 d’environ 3% et celle de l’EBITDA de près de 5%.

Cependant, des multiples de valorisation plus faibles rendent, à long terme, les entreprises suisses à nouveau rentables pour les acheteurs étrangers car la propriété intellectuelle et la capacité d’innovation «made in Switzerland» consolident des avantages compétitifs sur le marché international.

On peut donc conclure que la suppression du taux plancher devrait stimuler à court et moyen terme les activités de fusion et acquisition «outbound» surtout pour des raisons d’expansion. Des baisses de prix pour les ventes par des entreprises suisses à des acheteurs étrangers sont à prévoir. Toutefois, les multiples de valorisation actuels se situent à un niveau relativement élevé en comparaison avec la crise financière d’il y a six ans. Début 2009, les multiples étaient d’environ 1,2 fois le chiffre d’affaires et 6,6 fois l’EBITDA.

Article paru dans Le Temps rédigé par Vincenzo Braiotta, Responsable Transaction Services, et Marc Reinhardt, Senior Manager M&A, Mazars SA.

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